Plus que jamais…un contre pouvoir

| 0 Commentaires

 

Par Francine Boucher, membre du Comité d’Action et de Défense des Droits

Aujourd’hui, une ère d’austérité s’installe progressivement un peu partout sur la planète et le Canada n’y échappe pas. Le 24 mars dernier, le Comité d’Action et de défense des droits (CADD) de la Maison d’Aurore a organisé une rencontre de sensibilisation intitulée « Plus que jamais… ». Ainsi, nous avons abordé la perte progressive de l’assurance-emploi dans un contexte mondial de précarisation de l’emploi, la place du syndicalisme dans nos sociétés, ainsi qu’une courte présentation du Forum social des Peuples en août prochain à Ottawa.

Nos invités : Hans Marotte, avocat et porte-parole du Mouvement-Action chômage(1) et Patrick Rondeau, Conseil régional FTQ Montréal métropolitain.

L’Assurance-emploi : mesure de sécurité sociale en perte de vitesse

C’est depuis la deuxième guerre mondiale qu’a été instauré au Canada, le régime de l’assurance-chômage (ancienne dénomination) pour offrir aux travailleurs-euses, une protection financière suite à une perte d’emploi. Au fil des ans, ce régime fut l’objet de plusieurs coupures par les différents gouvernements de Mulroney, Chrétien et Harper. Mais ce dernier remporte la palme. Sa réforme rend encore plus difficile l’accès aux prestations. En effet, il aura catégorisé les prestataires d’assurance-emploi par les « bons chômeurs » i.e., les travailleurs de longue date, les prestataires occasionnels et les « mauvais chômeurs », i.e., les prestataires fréquents, lesquels sont les plus pénalisés, ex. prestation à 70% du salaire antérieur et après 6 semaines de prestations, devront accepter n’importe quel emploi. Cela en fait une main d’œuvre à bas salaire et plus malléable. En résumé : moins d’accès, moins d’argent au niveau des prestations et sur une plus courte période.

Le gouvernement Harper semble avoir ciblé davantage les travailleurs saisonniers, et on pense naturellement aux pêcheurs de l’Est. Mais entrent dans cette catégorie, entre autres, les travailleurs-euses de l’industrie touristique, de la construction, du cinéma, des recherchistes dans les médias, des chargés de cours, etc. Or, aujourd’hui, la sécurité d’emploi existe de moins en moins. On assiste à une véritable précarisation de l’emploi. Le travail à temps plein laisse place de plus en plus à une nouvelle norme, soit le travail atypique. Que ce soient, le travail à temps partiel, temporaire, à durée déterminée comme par exemple, le travail obtenu par le biais d’agences de placement, sur appel ou à contrat. On imagine facilement que cette nouvelle donne du marché du travail génère beaucoup d’insécurité chez les travailleurs-euses et nombreux se retrouvent dans le milieu communautaire. Alors si on ajoute à cela une difficulté plus grande à obtenir des prestations d’assurance-emploi entre deux périodes de travail, le tableau s’assombrit davantage.

Et le syndicalisme?

On ne le dira jamais assez, sans les syndicats, les inégalités sociales seraient plus grandes au sein de la société québécoise. Comment? Pensons aux nombreux gains obtenus, et la liste est longue, grâce à d’innombrables luttes qui bénéficient à la société  et non seulement aux syndiqué-e-s. Prenons par exemple l’assurance-maladie, les régimes de retraite, l’éducation gratuite au primaire et au secondaire, les congés de maternité, l’équité salariale pour les femmes, les congés parentaux, les vacances et congés payés et les services de garde subventionnés. Bref, les syndicats sont des interlocuteurs sociaux, économiques et politiques importants dans la société. Mais comme le marché du travail, les syndicats ont été touchés par des changements socio-économiques telles les nouvelles technologies de l’information et de communication, la mondialisation, la délocalisation des emplois, la spéculation financière et la crise économique de 2008. Quant au gouvernement Harper, il en a rajouté. Il a présenté le projet de loi C-4 qui retire le droit de négociation et de grève et la loi C-525 qui vise à restreindre la capacité des travailleurs-euses à s’organiser et se doter d’un syndicat.

 

De plus, la précarisation de l’emploi, la hausse des lock-out, (le Journal de Montréal et de Québec), le passage d’un économie industrielle à une économie de services, sont autant de réalités auxquelles les syndicats s’adaptent mal, ce qui entraîne une baisse de crédibilité à leur égard et une perte de terrain. Sans compter le fait que les lobbys patronaux véhiculent l’idée que les syndicats contrôlent les gouvernements. De plus, la loi C-377 oblige les organisations syndicales à afficher sur le site Internet du gouvernement fédéral toutes les dépenses supérieures à 5 000 $. Une demande de plus de transparence? Déjà, les syndicats présentent à leurs membres, auxquels ils sont redevables, les états financiers de l’organisation. Quel est l’enjeu? On veut savoir quelles sont les dépenses qui sortent du cadre étroit de la convention collective (ex. toutes les sommes octroyées en soutien à des groupes environnementaux, étudiants, féministes, etc.). La formule Rand qui permet aux syndicats de prélever à la source les cotisations syndicales est remise en question. Bref, les syndicats se battent pour leur survie. Mais lueur à l’horizon, la grève étudiante de 2012 a amorcé un changement au sein du mouvement syndical. Un nouveau militantisme émerge. Il prend sa forme dans un réseau de militants-es syndicaux de toute allégeance. Son nom : Offensive syndicale. (2) « Ce réseau se veut principalement un espace d’échange entre des travailleurs, des travailleuses, des syndicalistes engagé-es et d’autres gens intéressés à valoriser des pratiques syndicales combatives, démocratiques et progressistes. »

 

Le Forum social des peuples de 2014 : un appel à la résistance

 

Ce qui constituait un filet de sécurité pour les travailleurs est mis à mal. La mise en place de toutes ces mesures d’austérité par le gouvernement Harper, contre le régime d’assurance-emploi et les tentatives d’affaiblissement du mouvement syndical ne peut nous laisser indifférent-e-s. Aussi plusieurs voix s’élèvent parmi différents groupes de mouvements sociaux et convergeront au Forum social des peuples, à Ottawa, du 21 au 24 août 2014. C’est un rendez-vous pour proposer un meilleur monde.

 

Pour en savoir plus :

 

(1) MAC : MOUVEMENT D’ACTION-CHÔMAGE DE MONTRÉAL: www.macmtl.qc.ca

(2) À bâbord!. No 55 – Été 2014. Montréal : Québec. Aussi : www.offensivesyndicale.net

(3) Forum social des peuples 2014 : http://www.peoplessocialforum.org/

Laisser un commentaire

Champs Requis *.