Le vivre-ensemble, ou comment sortir de la peur de l’autre

| 0 Commentaires

 

Texte de Youssef Benzouine, stagiaire en communication

L’attentat contre une mosquée de Québec en janvier dernier, faisant six morts et vingt blessés au sein de la communauté musulmane québécoise, a profondément choqué et attristé la grande famille d’Aurore. Nous qui prônons le vivre-ensemble, la rencontre et la solidarité dans notre quartier, nous nous retrouvons sans mot face à la violence visant une certaine partie de la population québécoise, déjà en proie à la discrimination et au racisme. Youssef Benzouine est stagiaire en communication à la Maison d’Aurore depuis le mois de février. Finissant à la maîtrise en sciences politiques à l’Université de Montréal, Youssef réfléchit beaucoup aux enjeux sociaux du vivre-ensemble. Nous lui avons demandé d’écrire l’édito de ce Main à main pour donner son opinion sur le sujet.

Le vivre-ensemble est l’un de ces termes fourre-tout qui aspire à de belles choses pour en cacher d’autres plus ignominieuses. Pour autant, il ne s’agit pas ici de juger mais plutôt d’être dans l’action et de sortir de la paresse. Pour ce faire, il nous faut partir des faits. L’un des faits les plus criants est que la tolérance chérie par le vivre-ensemble est un vœu pieux. Tolérer signifie que l’on « souffre » une personne et non pas qu’on l’accepte telle qu’elle est. Ce faisant, tolérer n’empêche pas de rejeter l’«autre». Tolérer c’est remettre à jamais mon effort d’aller vers le différent.

Il ne s’agit pas ici de plaider pour le vivre-ensemble. Bien plus, je préfère lui substituer le terme d’« acceptation ». Substitution difficile puisque cela implique un travail de longue haleine. C’est là que le bât blesse : l’effort demandé est souvent trop fort pour toute entreprise d’acceptation. Il est plus facile de rester entre soi et personne ne peut nous refuser cela. Au final, on préfère rester dans son confort.

Mais le droit de rester dans son confort n’implique pas de rejeter, de mépriser, de juger. Si tel est le cas, il finit par devenir un repoussoir. On croit que repousser la différence nous protège, mais en fin de compte cela cache une peur : la peur d’aller vers un inconnu qui risque de troubler mon identité propre. Lorsqu’on prend le temps d’aller vers cet «autre» sans a priori, l’on finit par aussi découvrir que ce qui semble différent est en réalité très similaire. C’est ici que réside l’enjeu du vivre-ensemble : accepter les différences en ayant fait l’effort préalable de les comprendre. Mais pour que cette démarche soit fructueuse, elle doit être le fait des deux partis. Autant je dévoile l’inconnu, autant cet inconnu doit accepter de se découvrir et de parler de lui-même. C’est cela communiquer.

Je ne souhaite pas faire appel au registre de l’émotion en énumérant les actes stigmatisants commis à l’encontre des musulmans ou des minorités visibles en général. Au contraire, je pense qu’il est plus productif de sortir de la logique communautariste en faisant appel au bon sens. C’est en se munissant de raison que l’on peut voir l’humanité de cet «autre». L’autre aussi travaille, paie ses impôts, élève ses enfants, a une famille, une vie. Ne pas l’accepter c’est lui nier son humanité et, par là même, nier la mienne.

Le cycle de la haine est un cycle sans fin, un jeu à somme nulle. Je ne plaide pas ici pour un monde enchanté et candide où tout serait parfait. Ce que je souhaite souligner c’est plutôt l’existence de différences. Les accepter peut être le premier pas d’une compréhension et peut-être même d’un dialogue. Au fatalisme, il faut prescrire la recherche de solutions, le goût de l’effort, le désir de mouvement. En somme, je prêche la religion de la raison.  

 

Laisser un commentaire

Champs Requis *.